Champs de mégalithes

Les conduites à risques des adolescents

ATTENTION DANGER !

Les conduites à risque

 

À l’âge où l’on devient soi, d’abord en s’opposant, la quête d’identification d’un adolescent passe souvent par l’adoption de conduites à risque et le désir d’expérimenter ses propres limites dans des jeux qu’il sait pourtant dangereux. Animé d’un sentiment de toute puissance alimenté par sa jeunesse et d’une certaine façon, prêt à se croire “ immortel ”, il est parfois très loin d’éprouver la réalité du péril qu’il encourt, s’il commence à côtoyer les membres d’un groupe dont il perçoit confusément le caractère trouble mais qu’il prendra quand même plaisir à fréquenter comme il se laisserait griser par l’alcool, la vitesse ou la prise de stupéfiants.

 

De la séduction à la dérive, conduites à risques et emprise groupale.

 

Pour David LE BRETON, sociologue à l’université de Strasbourg II, les pratiques disparates que recouvre le terme “conduites à risques” peuvent se définir du point de vue du jeune comme “une mise en jeu de soi, dont l’enjeu n’est pas de mourir mais de vivre plus” [1] Sous couvert de propositions de réalisation personnelle conformes à cette aspiration souvent inconsciente chez l’adolescent, certains groupes, bien qu’ils s’en défendent, déploient un vrai prosélytisme envers les mineurs, “clientèle” captive à leurs sollicitations et à l’égard de laquelle ils multiplient les opérations de séduction avec un double objectif : exploiter à bon escient les éventuels facteurs de fragilité repérés au sein de sa cellule familiale et se constituer auprès de l’adolescent un “capital” de sympathie pour l’avenir. […]

On a du mal à admettre comment un adolescent enclin à se révolter et contestant toute forme d’autorité lorsqu’elle émane de ses parents pourrait, insidieusement se laisser séduire par un discours prosélyte jusqu’à y perdre sa complète autonomie de pensée. Mais le risque de mise sous sujétion est pourtant bien réel à cet âge.

Comme l’explique le professeur Philippe JEAMMET, spécialiste de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, “les jeunes sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent” [2].

Les organisations sectaires qui s’adressent à eux leur font croire que les contraintes qui leur sont imposées relèvent de libres choix, quitte pour eux à en assumer le risque jusqu’au bout, une gageure qu’ils sont prêts à relever si de leur point de vue, le jeu en vaut véritablement la chandelle. Elles comblent d’une certaine manière les deux aspirations contradictoires habitant tout adolescent en construction : arriver à s’émanciper de la tutelle familiale pour prendre son envol et résoudre l’insécurité fondamentale que génère cette prise de distance. Celle-ci, en effet, sera compensée par l’adoption de nouvelles certitudes et modèles d’identification aptes à le rassurer. Les garçons notamment, plus portés que les filles à rechercher “l’adoubement” de leur “tribu” d’élection, cherchent une forme de légitimité dans l’adhésion totale au groupe qui les fera exister. Ils vivent dès lors les épreuves initiatiques plus ou moins éprouvantes qui peuvent s’y jouer comme de simples défis à relever, sans en mesurer les dangers. Celles-ci ne sont parfois pour eux qu’une condition imposée pour les faire passer au statut “d’homme” dans le regard de leurs semblables.

 

Les jeunes, victimes du prosélytisme de certains groupes sectaires

 

Pour toucher les jeunes, certains groupes ont compris l’intérêt de s’adresser à eux dans une “langue” et sur le mode qui leur parlent. Leurs techniques d’approche s’appuient donc sur quatre vecteurs plébiscités par la génération des 13/20 ans : […]

- la publicité directe (diffusion de tracts et bandes dessinées promotionnelles avec coupons-réponses à renvoyer, tenue de stands d’exposition, appels aux signatures de pétitions, prestations, tests de personnalité gratuits etc..) ;

- la mode des réseaux et cercles d’affinités électives qui leur permettent de nouer des contacts avec les jeunes sous divers masques (conférences, réunions à thème, stages culturels ou sportifs, jeux de rôles, associations caritatives et humanitaires, etc…) ;

- l’exploitation de l’aura positive de vedettes, sportifs et artistes aimés des jeunes et qui, à leur insu ou non, servent l’image de ces groupes.

La loi ABOUT-PICARD prévoit de sanctionner par des amendes pouvant aller de 7.500 à 37.500 euros la publicité à l’égard de la jeunesse dès lors que cette publicité émane d’une organisation ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique de ses membres et ayant été condamnée en qualité de personne morale ou par la voix de l’un de ses dirigeants de droit ou de fait. Mais en raison du caractère polymorphe et mouvant du paysage sectaire (disparition et émergence constante de nouveaux groupes), le danger de la propagande déployée auprès des adolescents demeure bien réel. Pour telle ou telle organisation dont les dérives clairement identifiées auront fait l’objet de sanctions légales, bien d’autres, naissantes ou n’ayant pas encore été condamnées en justice malgré le risque qu’elles représentent, continuent à distribuer tracts et prospectus publicitaires aux sorties des lycées ou au sein même des universités. L’appel à la vigilance, et donc l’information du public, demeurent, à cet égard, les seules réponses possibles à apporter pour limiter l’audience de ces formes de prosélytisme toujours plus offensives en direction des jeunes.

 

Gothisme et satanisme

 

Dans une autre direction, la MIVILUDES a été conduite à s’interroger sur le gothisme et le satanisme. Une première synthèse des informations collectées au cours de l’année révèle en effet une progression sensible des dérives satanistes en France qui ont pu se manifester dans un certain nombre de profanations. Cette réalité a conduit la Mission à diffuser quelques conseils de prudence sur son site afin d’alerter le public sur la dangerosité potentielle d’une mouvance très présente sur le réseau Internet et qui, pour recruter de nouveaux adeptes, profite de la vague gothique, posture esthétique très “tendance”, particulièrement en faveur chez les adolescents.

On assiste aussi à l’émergence de micro groupes “hybrides” aux attaches multiples et aux obédiences mal affirmées. Leurs adeptes sont pour la plupart des jeunes en déshérence et en rupture avec le milieu scolaire ou professionnel, souvent victimes d’un passé violent marqué par l’absence de repères familiaux fiables et sécurisants. Ils opèrent dans leurs options idéologiques, une sorte de syncrétisme entre satanisme, nihilisme et idéologie néo-nazie pour justifier leurs actes.

Comme en Amérique du sud où il se propage dans des proportions très inquiétantes, le satanisme semble gagner du terrain en Europe. En Italie, où séviraient d’après les pouvoirs publics plus d’un millier de ces groupes occultes, un procès vient de se tenir suite à plusieurs meurtres d’adeptes, notamment l’assassinat d’une jeune femme au sein d’un groupe d’adolescents, dans le cadre d’une cérémonie rituelle dédiée à Satan. Outre les pays scandinaves et l’Allemagne, l’Espagne, la Russie, la Grèce et la Pologne, n’échappent pas à ce mouvement de radicalisation. A noter qu’en Russie, un département spécial a été créé au sein du ministère de l’intérieur pour lutter contre le phénomène.

En France, le suicide en 1995 des deux dirigeants de la branche française de la WICCA internationale a affaibli le mouvement, au point qu’il n’existe plus à l’heure actuelle de structures “officielles” actives sur le territoire national.

Cela ne signifie pas pour autant que la mouvance satanique ait disparu. Plus diffuse, celle-ci est d’abord présente sur le réseau Internet, via des sites personnels se réclamant de la WICCA, des enseignes commerciales directement liées à la mode du gothisme et des maisons de production spécialisées dans le black metal, l’une d’elles possédant ainsi plus de quatre mille références de titres fortement imprégnés de thèses sataniques.

Sur le terrain, elle est incarnée par quelques individualités évoluant au sein de groupes informels, réunis quelquefois seulement le temps d’une soirée, mais partageant un socle de valeurs communes (telles des références anti-chrétiennes et anti-républicaines, de mêmes goûts musicaux, des pratiques sexuelles déviantes, un goût prononcé pour la magie et/ou le vampirisme). Chez ces jeunes gens, l’adhésion au satanisme est très souvent vécue comme une étape initiatique, un désir de se mettre à l’épreuve par la transgression des normes sociales. Un certain nombre de cas de profanations de cimetières peuvent d’ailleurs relever de cette logique, ces dernières étant dès lors vécues comme une étape indispensable à l’intégration du jeune adepte dans le clan. […]

 

Satanisme et criminalité

 

Pour qu’un acte criminel ou délictuel, ou encore un suicide, soit clairement identifié comme sataniste, il doit présenter des indices suffisamment probants, empruntés à “l’imagerie” et aux rituels sataniques (inscriptions anti-chrétiennes, croix renversées, pentagrammes, chiffres démoniaques etc..).

Si l’on se réfère à ces critères d’identification, on peut raisonnablement parler d’une progression sensible du phénomène.

Les services de police et de gendarmerie font ainsi état d’une augmentation significative des profanations de cimetières clairement identifiées comme sataniques : 23 faits de janvier à août 2004 (huit mois) contre 18 sur toute l’année 2003.

Les morts violentes reliées au phénomène sataniste sont encore heureusement très limitées. On déplore toutefois en 2003 et 2004 deux suicides et deux meurtres susceptibles de lui être rattachés.

Extrait du rapport présenté en mars 2004

de la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les dérives sectaires.


 


 

[1] In Alternative santé, n°314, sept 2004 

[2] In L’adolescence, Coll. « J’ai lu », 2004