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Le sommeil des adolescents

Tout ce qu'il faut savoir sur le sommeil de nos ados!

 

Le sommeil des Français…
Le sommeil des adolescents…
 
 
Les Français dorment en moyenne 7 heures et 13 minutes
Selon différentes études, publiées mardi 20 novembre, un Français sur six souffre d’insomnie chronique.
Autre constat : le temps de sommeil chute au fil de l’adolescence. À 15 ans, un jeune sur quatre dort moins de 7 heures par nuit.
 
Les enquêtes, menées dans le domaine de la santé, sont parfois d’une précision quasi chirurgicale : une étude, publiée mardi 20 novembre, fait ainsi apparaître que le temps de sommeil moyen des Français est de 7 heures et… 13 minutes. Avec, au poteau, un tout petit avantage pour les femmes qui restent dans les bras de Morphée, en moyenne, 7 heures et 18 minutes contre 7 heures et 7 minutes pour les hommes. Autre enseignement : un Français sur six présente une insomnie chronique.
Tels sont les principaux constats d’une enquête “Baromètre santé 2010” réalisée chez les 15 – 85 ans par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (I. N. P. E. S.). Au total, 27 653 personnes ont été interrogées sur leur habitude en matière de sommeil.
« Si une majorité de Français dort environ 7 heures par jour, cette durée ne toutefois pas être considérée comme prophylactique dans la mesure où certains individus ont besoin de 9 heures de sommeil quotidien lorsque d’autres, plus rarement, peuvent se contenter de 5 heures sans retentissement particulier sur la journée suivante », soulignent les auteurs de l’étude, placée sous la conduite de François Beck.
 
 
 
 
  • L’INSOMNIE, UN PHÉNOMÈNE FRÉQUENT
 
L’insomnie chronique reste un phénomène relativement fréquent : 15,8 % des personnes interrogées ont déclaré être des insomniaques réguliers : 19,3 % des femmes et 11,9 % des hommes. « La part d’insomnie chronique apparaît très liée à la souffrance psychique, à des situations de précarité ainsi qu’à certains événements de vie difficiles tels que les violences subies, le fait d’avoir connu un événement grave dans l’enfance (pour les hommes uniquement), ou encore à la présence d’une maladie chronique », souligne l’enquête.
La qualité et la quantité de sommeil s’avèrent aussi très dépendantes de la bonne synchronisation de l’horloge biologique avec les horaires de coucher et de lever. « Cette synchronisation se trouve fréquemment perturbée chez les jeunes adultes (qui ont tendance à retarder leurs horaires de coucher), chez les personnes âgées (qui ont tendance à les avancer) ou encore chez les travailleurs de nuit, chez ceux qui subissent des décalages horaires et également chez la majorité des adultes qui décalent leurs horaires de coucher et de lever d’au moins une heure le week-end », indique l’I. N. P. E. S..
 
 
 
  • UNE « CHUTE » DE SOMMEIL AU COURS DE L’ADOLESCENCE
 
Une autre étude, conduite par l’Institut national du sommeil et de la vigilance, met, elle, en évidence une « chute du sommeil » au cours de l’adolescence. Cette étude a été établie à partir de données concernant 9 251 élèves de 11 à 15 ans. « Le temps de sommeil, la veille des jours d’école, baisse drastiquement entre 11 et 15 ans, alors que le temps de sommeil, la veille des autres jours reste assez stable, aux alentours de 10 heures », souligne l’étude. Au final, à 15 ans, un jeune sur 4 (24,6 %) dort moins de 7 heures par nuit, alors que les médecins recommandent un temps de sommeil d’au moins 9 heures au cours de l’adolescence pour favoriser la croissance, l’apprentissage et l’équilibre physique et psychologique.
« Il semble qu’au fil de l’adolescence, le sommeil soit mis en compétition avec d’autres activités et devienne donc insuffisant en durée et en qualité, comme c’est le cas chez les adultes », souligne l’enquête. Cette mise en compétition du sommeil n’est sans doute pas sans lien avec l’élargissement des loisirs accessibles à la maison, voire dans la chambre à coucher : télévision, Internet, téléphone mobile, lecteurs audio et vidéo. En Belgique, une autre étude a montré qu’un tiers des jeunes de 13 ans continuait à utiliser leur téléphone portable après l’extinction des feux.
 
Pierre Bienvault
 
 
 
 
  • LA DETTE DE SOMMEIL DES ADOLESCENTS
 
En vacances, 75 % des lycéens dorment chaque nuit en moyenne deux heures de plus que pendant la période scolaire. Un tiers d'entre eux dort même trois heures de plus. C'est ce qu'a révélé une enquête épidémiologique menée auprès de 30 000 lycéens de l'académie de Lyon. « On peut considérer que les adolescents satisfont à leurs besoins physiologiques pendant les vacances. Ils sont donc en manque de sommeil chronique pendant l'année », résume Jean-Louis Valatx, responsable de l'enquête dans le laboratoire « neurobiologie des états de sommeil et d'éveil ». « Cette dette de sommeil peut expliquer que plus de la moitié des lycéens se disent somnolents le matin, voire s'endorment en classe, ce qui n'est pas normal chez quelqu'un qui a bien dormi, poursuit-il. Et, outre la fatigue, la privation de sommeil entraîne des troubles d'irritabilité, une instabilité motrice..., autant de facteurs préjudiciables à la scolarité et dans les relations avec l'entourage. »
 
 
 
 
  • LE SOMMEIL
 
On éteint la lumière et c'est un tiers de notre existence qui sombre dans le noir. Et dans les limbes de la connaissance. Pourtant, la nuit n'est pas de tout repos, loin s'en faut.
Près de 20 % de la population, la bagatelle de 9 millions de Français, souffrent de troubles du sommeil : ils dorment mal, pas assez, ne récupèrent pas, sont insomniaques, somnolent le jour, ou prennent un médicament pour s'endormir. Tel est le constat colossal que vient de dresser le psychiatre Maurice Ohayon, directeur du centre de recherche Philippe-Pinel à Montréal, et initiateur d'une gigantesque étude épidémiologique menée auprès de 12 000 personnes en France, en Grande-Bretagne et au Québec (1) étude qui se poursuit en Allemagne, Italie, Espagne, Portugal et dans l'Etat de New York et permet une première cartographie des mondes de la nuit et de leurs nombreuses pathologies : l'insomnie bien sûr, du soir ou du matin, les éveils nocturnes, mais aussi les cauchemars, le somnambulisme, le bruxisme (ou le fait de grincer des dents), les hallucinations au moment de l'endormissement ou de l'éveil, la somniloquie (les bavards de la nuit), les éveils confusionnels et même la (rare) violence endormie.
Au regard de cette incroyable activité nocturne, la médecine se trouve fort démunie, sauf à prescrire un psychotrope, les troubles du sommeil n'étant généralement considérés que comme une manifestation de l'anxiété. C'est ainsi que « 95 % des personnes présentant une symptologie de troubles du sommeil ne sont pas diagnostiqués. Un an plus tard, 15 à 20 % des cas se sont aggravés, a pu constater Maurice Ohayon. Pourtant, le coût de l'insomnie est chiffrable et il est abominablement haut. Combien de dettes de sommeil conduisent à des catastrophes, à des accidents, à de l'irritabilité dommageable dans la vie privée comme professionnelle ? »
Alors, « Dis-moi comment tu dors », outre que chacun pourra y retrouver ses misères, fait œuvre de salut public et d'outil diagnostique. D'autant plus précieux qu'en matière de sommeil, il n'y a que les (mauvais) dormeurs qui peuvent faire état de leurs problèmes.
 
Comment dorment-ils ? Assez, pas assez ? Et le lit, le matelas, le bruit, les enfants, le conjoint, le nombre de personnes dans la chambre, le temps mis à s'endormir, les cauchemars ?... Pour cerner la vaste terra incognita du sommeil, l'interrogatoire, version Maurice Ohayon, dure quinze minutes pour le dormeur heureux mais peut se prolonger quatre-vingt-dix, voire cent quatre-vingts minutes pour les histoires les plus troubles du sommeil. C'est fou ce qu'il y a à dire sur la nuit.
 
Marie Verdier
 
(1) Dis-moi comment tu dors, Maurice Ohayon, coll. « Les empêcheurs de penser en rond »
 
 
Ensemble du dossier réalisé d’après le quotidien “La Croix” du 21 novembre 2012